dimanche 18 octobre 2015

Les racines paranoïaques, fanatiques et musulmanes de "l'Intifada des Couteaux"

The Atlantic






MONDE

Les racines paranoïaques, fanatiques et musulmanes de  "l'Intifada des Couteaux"




Les attaques au couteau contre des Juifs à Jérusalem et ailleurs ne sont pas basées sur la frustration des Palestiniens par les colonies, mais sur quelque chose de plus sinistre et profond.

En Septembre 1928, un groupe de résidents juifs de Jérusalem a placé un banc devant le Mur occidental du Mont du Temple (Kotel alias "mur des lamentations"), pour le confort des personnes âgées. Ils ont également apporté avec eux une cloison en bois, afin de séparer les sexes pendant la prière. Les dirigeants musulmans de Jérusalem ont traité l'introduction de meubles dans la ruelle en face du mur comme une provocation, faisant partie d'une conspiration juive pour prendre lentement le contrôle de l'ensemble du Mont du Temple.
Beaucoup de dirigeants musulmans en Palestine ont cru, ou ont fait croire, que les Juifs n'avaient fait qu'inventer de toutes pièces les liens historiques et théologiques au Mur occidental et au mont, site de la mosquée al-Aqsa et du Dôme du Rocher, afin de faire progresser le projet sioniste. Cette croyance a défié les faits historiques indiscutables.

Le Dôme du Rocher a été construit par les conquérants arabes de Jérusalem sur le site du Second Temple juif afin de vénérer sa mémoire (le site avait déjà été profané par les dirigeants chrétiens de Jérusalem pour en quelque sorte, se moquer du judaïsme, la mère méprisée du christianisme).
En fait, c'est le mont en entier qui est le site le plus sacré dans du Judaïsme. Le Mur occidental, un grand mur de soutènement de la période du Second Temple, n'est sacré que par procuration.

Le chef spirituel des musulmans de la Palestine, le mufti de Jérusalem, Amin al-Husseini, a incité les Arabes en Palestine contre leurs voisins juifs en faisant valoir que l'islam lui-même était menacé. (Husseini deviendra plus tard l'un des alliés musulmans d'Hitler les plus importants.)

Les Juifs en Palestine occupée ont répondu à l'invective musulmane en exigeant davantage d'accès au mur. Ils ont parfois organisé des manifestations sur le site saint.

Dès l'année suivante, la violence dirigée contre les juifs par leurs voisins était devenue plus fréquente: des émeutiers arabes ont tué 133 Juifs; Les forces britanniques ont tué 116 Arabes en tentant de mater les émeutes.

A Hébron, un pogrom dévastateur a été lancé contre l'ancienne (2500 ans) communauté juive de la ville après que des responsables musulmans ont distribué des photos truquées du Dôme du Rocher prétendument endommagé, et ont répandu la rumeur que les juifs avaient attaqué le sanctuaire.

L'actuelle " Intifada des poignards " - une quasi-insurrection dans laquelle les jeunes Palestiniens tentent, et réussissent parfois, de tuer des Juifs avec des couteaux-est suscitée en bonne partie par le même ensemble d'émotions manipulées qui a déclenché les émeutes et la lutte contre les Juifs des années 1920 : un désir profondément ressenti de la part des Palestiniens de "protéger" le Mont du Temple, des Juifs qui le profaneraient.


Lorsque, suite à l'attaque jordanienne, Israël a conquis la vieille ville de Jérusalem en Juin 1967, le premier reflexe de certains Israéliens avait été de faire valoir les droits des Juifs sur le sommet de la montagne. Entre 1948, l'année où Israël a obtenu son indépendance, et 1967, la Jordanie, la puissance occupante d'alors de Jérusalem, avait interdit l’accès aux Juifs, non seulement aux 14 hectares du Mont-connu pour les musulmans comme le Haram al-Sharif, le noble sanctuaire, mais aussi en dessous, au Mur occidental- au Kotel. Lorsque les parachutistes ont pris la vieille ville, ils ont arboré le drapeau israélien au sommet du Dôme du Rocher, mais le ministre de la Défense israélien d'alors, Moshé Dayan, a ordonné de le descendre. Peu après, il a promis aux dirigeants musulmans du Waqf (l'association qui gère un lieu saint musulman) qui contrôlait la mosquée et le sanctuaire, qu'Israël n'interférerait pas dans ses activités. Depuis lors, les gouvernements israéliens successifs ont maintenu le statu quo établi par Dayan.

Cependant il y a un autre statu quo associé au Mont du Temple, qui montre des signes d'affaiblissement. Celui ci est religieux. L'opinion rabbinique traditionnelle depuis des siècles a été que les Juifs ne devraient pas aller au sommet du Mont de peur de marcher sur le Saint des Saints, le sanctuaire du Temple qui, selon la tradition, abritait l'Arche de l'Alliance. Le Saint des Saints est la pièce dans laquelle seul le grand prêtre juif prononcait le Tétragramme, le nom ineffable de Dieu et ce uniquement une fois par an, à Yom Kippour.

L'emplacement exact du Saint des Saints est pas connue, et les autorités musulmanes ont empêché les archéologues de mener des fouilles sur le mont, en partie par crainte que de telles explorations allaient apporter des preuves supplémentaires de la présence juive pré-islamique. Ce point de vue rabbinique traditionnelle concernant le Mont-qu'il devrait être la direction de la prière juive, plutôt que le lieu de prière-a facilité la vie des autorités temporelles de Jérusalem, préservant la séparation des fidèles musulmans et juifs.

Au cours des dernières années, cependant, de petits groupes de réformateurs religieux radicaux qui s'opposent à l'opinion rabbinique majoritaire, ont cherché à faire à nouveau du mont, un site de la prière juive. (Voici un article du New York Times Magazine. Je l'ai écrit à propos de ces groupes radicaux.) Ils ont gagné des sympathisants parmi certaines personnalités politiques d'extrême-droite en Israël, bien que le gouvernement du Premier ministre Benjamin Netanyahu n'a pas modifié le statut-quo de séparation des religions qui est le suivant:
Tout juif suspecté de prier sur le mont du Temple est immédiatement réprimandé ou expulsé comme on peut voir sur cette vidéo - où le policier agit à la demande d'un vigile du WAQF.

Une des tragédies du mouvement de colonisation est qu'il occulte ce qui pourrait être la cause réelle du conflit au Moyen-Orient.

Il est difficile de convaincre les palestiniens que le gouvernement israélien ne cherche pas à modifier le statu quo sur le mont, parce que de nombreux dirigeants palestiniens, à la manière de la direction palestinienne des années 1920, alimentent activement les rumeurs actuelles que le gouvernement israélien cherche à établir au sommet du Mont une présence juive permanente. Les commentaires du président de l'Autorité palestinienne, Mahmoud Abbas, que les experts s'accordent à reconnaître comme de chef le plus modéré dans la brève histoire du mouvement national palestinien, ont été particulièrement durs. Bien que M. Abbas a autorisé les services de sécurité palestiniens à coopérer avec leurs homologues israéliens pour lutter contre la violence extrémiste ( qui menace son pouvoir...), sa rhétorique a enflammé les tensions.

"Chaque goutte de sang versée à Jérusalem est pure [plaît à Allah], chaque martyr atteindra le paradis, et chaque personne blessée sera récompensée par Allah", at-il dit le mois dernier, tandis que circulaient les rumeurs au sujet du Mont du Temple. Il a poursuivi en disant que "les JUIFS n'ont pas le droit de profaner la mosquée avec leurs pieds IMPURS."
(extrait de son interview sous titrée par MEMRI)




Taleb Abu Arrar, un membre arabe israélien de la Knesset, le parlement israélien, a soutenu publiquement que les Juifs "profanent" le Mont du Temple par leur présence. (Il ya quatorze ans, Yasser Arafat, le chef de l'Organisation de libération de la Palestine, m'a dit que "les autorités juives falsifient l'histoire en disant que le Temple se trouvait sur ​​le Haram al-Sharif. Leur temple était ailleurs.")

Ce genre de discours, combinés avec la violence des deux dernières semaines, y compris la mise à sac et l'incendie d'un lieu de pèlerinage juif à l’extérieur de Naplouse, suggèrent une continuité tragique entre les années 1920 et aujourd'hui. Pour ceux qui ne croient pas , non pas dans la nécessité, mais dans la possibilité pratique, d'une solution équitable à deux Etats au conflit israélo-palestinien et en particulier, pour ceux qui croient que le projet de colonisation post 1967 est la cause première des événements de conflit récent ont eu à en douter.

Une des tragédies du mouvement de colonisation est qu'elle occulte ce qui pourrait être la cause réelle du conflit au Moyen-Orient: la réticence de nombreux Palestiniens musulmans d'accepter l'idée que les Juifs sont un peuple indigène, au moins au même titre que les Palestiniens et que le troisième lieu saint de l'Islam est aussi le premier lieu saint d'une autre religion, dont les adeptes refusent l'idée que l'Islam a rendu caduque le Judaïsme. 


Lorsque la violence contre les Juifs se produit à l'intérieur d'Israël ou en Cisjordanie, les analystes et les dirigeants politiques étrangers s'accordent pour conclure et affirmer qu'une telle violence n'est que la conséquence inévitable de l'occupation et de la colonisation du territoire palestinien par Israël. John Kerry, le secrétaire d'Etat américain, a déclaré dans une apparition plus tôt cette semaine à Harvard que, «Ce qui se passe est que, si ça continue, une solution à deux Etats pourrait éventuellement être niée à tout le monde. Et il y a eu une augmentation massive des colonies au cours des dernières années. "Il a poursuivi en disant:« Maintenant, vous avez cette violence parce qu'il y a une frustration croissante, et une source de frustration parmi les Israéliens qui ne voient pas du tout d'évolution. "

(Le vendredi matin, en parlant avec Steve Inskeep de NPR, Kerry a revu et étendu ses commentaires, attribuant la responsabilité de la violence à Mahmoud Abbas-de façon passive - : " Il n'y a aucune excuse pour la violence ... Et les Palestiniens ont besoin de le comprendre...le président Abbas s'est engagé à la non-violence. Il faut qu'il condamne clairement la violence, et ce, haut et fort. Il faut qu'il ne contribue pas à une partie de l'incitation que sa voix a parfois encouragée. ")

"Beaucoup de Palestiniens croient que ce ne n'est pas un conflit entre deux mouvements nationaux, mais un conflit entre un mouvement national et une entité coloniale et impérialiste."

Il est parfois difficile pour les décideurs tels que Kerry, qui a consacré tant de temps et d'énergie à la recherche d'une solution à l'impasse israélo-arabe, de reconnaître la puissance "du récit palestinien" et en particulier le fait qu'il empêche une solution qui attribue aux Juifs une égalité nationale et religieuse.


Écrivant dans Haaretz, le politologue de centre-gauche Shlomo Avineri décrit une déconnexion importante que passe souvent inaperçue, même dans des mouvments comme le sien : Beaucoup de Palestiniens croient que «ce n'est pas un conflit entre deux mouvements nationaux mais un conflit entre un mouvement national (palestinien) et une entité coloniale et impérialiste (Israël). "Il continue d'écrire," Selon ce point de vue, Israël finira comme tous les phénomènes coloniaux- il périra et disparaîtra. En outre, selon le point de vue palestinien, les Juifs ne sont pas une nation mais une communauté religieuse, et en tant que telle, elle n'a pas le droit à l'autodétermination nationale qui est, après tout, un impératif universel. "


Avineri, comme la plupart des analystes sensés, comprend les nombreuses raisons de l'échec continu du processus de paix:

La méfiance mutuelle entre les deux populations, les pressions internes des rejectionnistes des deux côtés, les tromperies répétées de Yasser Arafat, l'assassinat du Premier ministre Yitzhak Rabin, les victoires électorales du Likoud aux élections israéliennes, le terrorisme palestinien, la poursuite des activités de peuplement israéliennes dans le les territoires, le fossé sanglant entre le Fatah et le Hamas, les présidents américains qui ont fait trop peu (George W. Bush) ou trop et dans un mauvais sens (Barack Obama), la faiblesse politique de Mahmoud Abbas, les gouvernements dirigé par Netanyahu qui fait tout son possible de saper les négociations efficaces. Tout cela est vrai, et tout le monde reprend et choisit ce qui convient à son point de vue et ses intérêts, mais au-delà de tous ces mensonges il existe une différence fondamentale dans les termes dans lesquels chaque côté voit le conflit, une différence que beaucoup ont tendance à négliger ou à ignorer.
La violence des deux dernières semaines, encouragée par les pourvoyeurs de rumeurs qui ont maintenant la fois du sang israélien et palestinien sur les mains, est enracinée non pas dans la politique de colonisation israélienne, mais dans une vision du monde qui rejette les droits nationaux et religieux des Juifs. Il n'y aura pas de paix entre Israéliens et Palestiniens tant que les partis des deux côtés du conflit continuent de nier les droits nationaux et religieux de l'autre.

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