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jeudi 27 janvier 2011

Tunisie – Le face à face Bobos contre Prolos

Fatma Benmosbah sur Nawaat


Le peuple a réussi à faire chuter Ben Ali. Mais la révolte gronde encore.

Depuis une semaine, les manifestations se poursuivent à travers tout le pays. Leurs revendications ?

Le départ de Ghannouchi, et de tout le gouvernement de coalition qu’il vient de former en attendant des élections libres qui devraient se dérouler dans quelques mois.

Alors que certains lui accordent leur confiance et attendent de lui de remettre le pays sur pied, les autres le considèrent comme les autres caciques du régime qui détiennent les ministères régaliens, des restes de l’ancienne dictature. Si on les laissait faire, ils ne tarderaient pas à s’approprier la révolution, en faisant main basse sur tous les rouages de la société tunisienne.

Sur le terrain se joue aujourd’hui un face à face bobos contre prolos : deux révolutions, deux forces en présence.

D’une part, la petite bourgeoisie citadine. Ce sont ces jeunes et ces moins jeunes qui se sont très vite rangés du côté des insurgés. Excédés par la censure, le manque de liberté et la répression, écœurés par la gloutonnerie matérielle des clans Ben Ali -Trabelsi, ils ont toute de suite saisi l’occasion d’exprimer leur soif d’indépendance et leur haine du régime. Ils ne sont pas toujours descendus dans la rue mais à travers leur manipulation de l’outil internet, particulièrement via les réseaux sociaux, ils ont parfaitement joué le rôle de média citoyens, relayant l’information, postant des vidéos en live de la situation sur le terrain. C’est souvent grâce à eux que les grandes chaînes d’informations comme Al Jazeerah, France 24 ou Al Arabya ont parachevé leur couverture des évènements de ce début du mois de janvier. En gonflant les rangs de la grande manifestation du 14 janvier, ils ont fourni la contribution nécessaire pour gagner la dernière manche, le coup fatal qu’il restait à apporter à la présidence de Ben Ali. Leur mission achevée, ils ont regagné leurs garnisons pour essayer de reprendre une vie plus ou moins paisible, laissant à la nouvelle équipe le soin de remettre les choses sur les rails.

Même si certains opposants siègent aujourd’hui au gouvernement, on ne leur connait pas de chef de file mais il est clair que cette tranche de la population sert de base au Premier ministre et à son équipe. Nul ne peut encore donner la mesure de sa solidité.

De l’autre côté, la population de l’intérieur du pays. Laissée pour compte depuis l’ère bourguibienne, c’est de chez elle qu’est partie l’étincelle qui a mis le feu aux poudres. C’est cette population qui, bien que désarmée, est descendue dans la rue. C’est encore elle, acceptant de recevoir des balles réelles en pleine poitrine et à la tête, qui a fait face à la sanguinaire machine policière. Comme les jeunes citadins, les jeunes et les moins jeunes de l’intérieur étaient également excédés et écœurés, mais pour des raisons différentes. Si démocratie et liberté se retrouvent dans la nomenclature de leurs revendications, ils y ajoutent la précarité et le chômage. Aussi bien instruits et formés que leurs concitoyens citadins, ils se retrouvent obligés d’accepter des sous-emplois pour pouvoir trouver de quoi diner.

Ayant plus connu la répression brutale et souvent mortifère du gouvernement pour s’être parfois soulevée et avoir crié son désespoir, cette population n’accorde aucun crédit à tous ceux qui lui rappellent de près ou de loin les sombres années du régime de Ben Ali. Elle veut, exige et ordonne le départ séance tenante de Ghannouchi et de toute son équipe. Elle n’a pas oublié les promesses non tenues du 7 novembre 1987 et plus récentes encore, celles de Rdayef, le bassin minier de Gafsa.

Détachées du confort matériel que de toute façon elle ne possède pas, elle est prête à aller jusqu’au bout pour défendre ce qu’elle appelle « sa révolution ».

Armée de convictions très ancrées dans l’esprit de toutes ses composantes, soutenue par un syndicat très fort, elle a installée ses quartiers devant le Premier ministère en attendant d’en déloger ses locataires. Combien de temps ces derniers tiendront-ils ?

Deux camps, deux points de vue, deux revendications. Pluralités d’idées ou fissures dans la solidarité ?

La révolution du 14 janvier n’a pas encore dit son dernier mot. Il est certain qu’aujourd’hui la Tunisie va au devant de nouveaux évènements dont l’impact sera encore plus profond que le départ de Ben Ali ?

Il semble que comme dit si bien WINSTON CHURCHILL « This is not the end. It is not even the beginning of the end. But it is, perhaps, the end of the beginning”- Ceci n’est pas la fin. Ce n’est même pas le début de la fin. Mais c’est peut-être la fin du début.

mardi 25 janvier 2011

Les Ben Ali du monde Arabe tremblent devant la prise de la Bastille et la fuite du roi à Varenne survenue en moins de deux semaines. Analyse de Stéphane Juffa de MENAPRESS

Extraits de l'analyse Par Stéphane Juffa dans MENAPRESS:

Les Tunisiens auront eu à la fois leur prise de la Bastille et leur fuite du roi à Varennes, qui plus est, sans avoir à attendre deux ans entre les deux événements.

On se dit ensuite, en voyant les autres satrapes du monde arabe trembler comme des feuilles soumises au Sirocco, que la Tunisie est en train de constituer un extraordinaire laboratoire d’essai, dont nous pourrons apprécier les développements pour saisir dans quelle direction se dirige le monde arabo-musulman.

Des putschs, dans ce monde-là, on en avait vu par dizaines, mais un renversement de régime par la rue, lors d’un élan ayant toutes les apparences de la spontanéité, c’est une grande première.
Encore faut-il éviter le lynchage de Ben Ali sans procès : dans le monde arabo-musulman, il faisait sans aucun doute partie des plus humains parmi les "présidents" autoritaires. A Carthage, à Sfax et à Monastir, on ne coupait pas les mains des petits voleurs comme en Perse, on ne condamnait pas à mort les apostats de l’islam comme au Caire, et on ne tranchait pas la tête des homosexuels au sabre comme à Riad.
Dans ces conditions, les donneurs de leçons de la politique française, qui affirment aujourd’hui que Paris n’a pas été assez ferme à l’égard du régime tunisien déchu me font sourire : si c’est la liberté des peuples qui les motive, il leur faut d’urgence prôner la rupture des relations diplomatiques avec le Ben Ali jordanien, le Ben Ali algérien, le Ben Ali couronné marocain, les Ben Ali en bien pire égyptiens, saoudiens et pakistanais, et, bien entendu, les Ben Ali constamment ensanglantés de Syrie et d’Iran. Et la liste des Ben Ali n’est pas exhaustive, je pourrais passer la matinée à les citer et à énumérer leurs exactions.

Dans ces pays-là, cher lecteur, la stabilité politique n’est qu’un leurre, un trompe l’œil ; un monde peut changer en quelques semaines, comme on vient de le constater.

Des expériences menées au laboratoire d’essai tunisien, nous allons enfin savoir si Hosni Moubarak et d’autres Ben Ali à son instar, ont raison de menacer l’Occident de prises de pouvoir par les islamistes au cas où ils démocratiseraient leurs pays. En effet, on a déjà vu des mouvements islamistes renverser des Ben Ali, mais jamais des islamistes destituer des citoyens ayant renversé des Ben Ali.

Alors ? La rue arabe, lorsqu’elle se donne les moyens de s’exprimer, choisira-t-elle l’islamisme ou le modèle européen ? Moubarak nous rend-il service, comme il le prétend, dans son rôle de "grand gendarme" contre les Frères Musulmans, ou se rend-il service, en instrumentalisant la menace qu’ils représentent ? On est poussé à croire le raïs, mais, objectivement, on n’en sait rien.

Tout laisse à penser que les ministres, cadets redevables de l’autocrate, désirent débénaliser le régime et se débénaliser afin de rester aux commandes. Le parti bénaliste se présentera-t-il aux prochaines élections sans Ben Ali, ce serait cocasse. Quelle part des suffrages y obtiendrait-il ? Cela aiguise la curiosité.

Et, bien sûr, le risque demeure que les ministres s’accrochent au pouvoir par la force, et que la population, dans quelques mois, s’aperçoive qu’elle n’a réussi qu’à se débarrasser du dictateur numéro 1, mais qu’elle n’a pas, pour autant, gagné le droit à la démocratie.

samedi 22 janvier 2011

Premier ministre de la Tunisie pendant 11 ans ,Mohammed Gannouchi nie sur Europe1 avoir eu connaissance de la corruption. La version Tunisienne de Papa Schultz "je ne sais rien, je ne vois rien je ne dis rien!"

Interview par  Jean-Pierre Elkabach sur Europe1: 

J.P.E : Et qu’est ce que vous lui avez dit ?
M.G -Je lui au dit que la situation est explosive et la situation est grave et que cette situation est dictée par le fait que des corruptions du despotisme de l’enrichissement illicite de son entourage.

J.P.E : Vous lui avez dit ça les yeux dans les yeux ?

M.G : Je lui ai dit et devant témoins .Je lui ai dit devant témoins parce que ma responsabilité est engagée.

J.P.E : Et qu’est ce qu’il …..(interrompu par M.G.)

M.G : Je n’ai jamais étais …Je n’ai jamais fait de la complaisance avec le président .J’étais toujours sincère pour lui faire part des difficultés et pour lui faire part de…Mais beaucoup de dossiers qui permettaient d’avoir cet enrichissement illicite ne relèvent pas du ministre , du premier ministre .Des dossiers qui concernent les marchés publics .Des dossiers qui concernent la douane .Des dossiers qui concernent le secteur bancaire échappés totalement au premier ministre .


J.P.E : Et vous n’aviez pas de soupçons ?


M.G : Il y a ! Mais est ce que je peux me permettre de prendre en compte les rumeurs de la rue ?

J.P.E : Oui mais il y a des certitudes ! Vous êtes premier ministre.
-Je n’ai pas les éléments pour vérifier si oui ou non il y a des détournements et de cette ampleur .

Voici (ah, souvenirs souvenirs!) un épisode de " Papa Schultz"


Papa Schultz 1x11 Le professeur Dubois

vendredi 21 janvier 2011

La France voyait dans Ben Ali l'unique rempart contre l'Islamisme. Les services français n'ont rien vu venir jusqu’au dernier jour.

Revue de presse de france24 du "Canard Enchaîné" en deuxième partie de la vidéo


"Ce sont les américains qui ont pris les choses en main. (…) Les militaires américains ont parlé avec leurs homologues tunisiens, et Ben Ali a été prié de quitter, sans plus attendre, le territoire". Ces propos, rapportés par le Canard Enchaîné, sont attribués à Michèle Alliot-Marie.La Tunisie est à la Une ce matin du Figaro et du Monde, mais exceptionnellement nous revenons ce matin sur un article paru hier dans l’hebdomadaire Le Canard Enchaîné, car les propos rapportés nous semblent importants pour comprendre la situation en Tunisie.


Le Canard rapporte des propos tenus par Michèle Alliot-Marie, ministre française des affaires étrangères, justifiant la surprise des autorités françaises devant le départ précipité du président tunisien Ben Ali.

Michèle Alliot-Marie : « Nous n’avons rien vu arriver. Ce sont les américains qui ont pris les choses en main. Ils étaient convaincus que le maintien par la force du régime ne pouvait que faire le lit, à terme, des islamistes ».

« Les militaires américains ont parlé avec leurs homologues tunisiens, et Ben Ali a été prié de quitter, sans plus attendre, le territoire. Inutile de préciser que les américains n’ont pas pris la peine de nos tenir au courant »

Le Canard enchaîné rapporte généralement des propos qui ne sont pas censés être publics, et tout porte à penser qu’il n’y aura jamais de confirmation qu’ils ont bien été prononcés.

Le Canard Enchaîné ajoute que les Américains étaient vigilants depuis longtemps sur la dégradation de la situation en Tunisie, comme l’a révélé Wikileaks (Voir notre revue de presse du 8 décembre).

Mais ce n’est pas tout, selon le Canard : « Récemment l’ambassade US signalait l’intérêt qu’il fallait porter à) l’armée tunisienne. (…) De bons contacts avaient été établis par les américains avec l’ancien ministre de la défense Kamel Morjane ».